La lutte des prostituées a débuté au printemps 1975

La lutte des prostituées a débuté au printemps 1975 avec l’occupation, par une centaine de prostituées lyonnaises emmenées par leurs leaders Ulla et Barbara, de l’église Saint-Nizier. Cette action était destinée à protester contre la répression policière dont les prostituées lyonnaises étaient alors victimes : verbalisées plusieurs fois par jour pour racolage passif et régulièrement raflées, celles-ci étaient depuis peu menacées de peines de prison ferme en cas de récidive dans le délit de racolage, ce qui exposait celles qui étaient mères de famille à perdre la garde de leurs enfants. Le considérable, et largement inespéré, retentissement médiatique de cette occupation a non seulement rallié aux prostituées lyonnaises le soutien de plusieurs organisations politiques, syndicales et féministes, mais il a également incité les prostituées d’autres villes (Paris, Grenoble et Marseille, notamment) à occuper à leur tour des édifices religieux. Refusant de répondre aux demandes de négociation des prostituées (la secrétaire d’Etat à la Condition féminine de l’époque, Françoise Giroud, s’était déclarée « incompétente »), le gouvernement mit fin aux occupations par une évacuation brutale des églises par la police au matin du 10 juin.

 

Critiqué pour cette brutalité et pour son indifférence au sort malheureux des prostituées, le gouvernement tenta alors de restaurer son image en confiant une mission d’information sur la prostitution à un magistrat, Guy Pinot. Les prostituées, de leur côté, ne s’avouaient pas vaincues et, tout en acceptant de se rendre aux consultations ouvertes par G. Pinot, tentaient de maintenir leur mobilisation en vie par une série de meetings (à la Bourse du travail de Lyon en juin et à la Mutualité de Paris en novembre) ainsi que par des actions protestataires sporadiques, telles le bombage à la peinture de sex shops accusés d’être, bien plus qu’elles, des « incitateurs à la débauche ». Malheureusement pour elles, les obstacles que rencontre toute action collective d’une population dépourvue de tradition et de savoir-faire en la matière eurent rapidement raison de leur ardeur militante. Incapables de se doter d’une organisation stable apte à relayer leurs revendications dans la durée, affaiblies par des dissensions internes, les prostituées subirent également le contrecoup de la défection d’Ulla et de Barbara qui préférèrent le retrait de la prostitution et l’écriture d’ouvrages autobiographiques à la poursuite de la lutte. Dans le même temps, le « rapport Pinot », remis au gouvernement en décembre 1975 mais dont les recommandations ne furent jamais examinées, était « enterré ».

 

source : http://clio.revues.org/document588.html

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